Pressentie au 19 ème siècle par Jules Baillarger qui décrivit la "folie à double forme" en 1854 et Jean Pierre Falret sa "folie circulaire" 2 ans plus tard, la bipolarité prit forme avec Hecker en 1877 sous le nom de cyclothymie puis surtout dans la 6ème édition du Traité de Psychiatrie d'Emil Kraepelin sous le qualificatif de maniaco-dépression en 1899. Kraepelin parlait de psychose dans la mesure où les sujets qui présentaient des variations extrêmes de l'humeur (mélancoliques ou maniaques), connaissaient des phases délirantes qui faisaient considérer leur évolution comme psychotique. Ce n'est que dans la 2ème partie du 20ème siècle, en 1957, que Léonhard utilisa pour la 1ère fois le terme de bipolarité pour décrire l'alternance d'épisodes maniaques et dépressifs, et que l'on commença à considérer la psychose maniaco-dépressiuve non plus comme une psychose mais comme un trouble de l'humeur. On parla successivement de psychose maniaco-dépressive, PMD, de maladie maniaco-dépressive, MMD, puis de trouble bipolaire de l'humeur, BP, enfin de maladie bipolaire avec les nouvelles distinctions que nous faisons aujourd'hui dans le spectre bipolaire, distinctions en grande partie proposée par Hagop S.Akiskal, dès 1977.
La théorie des troubles de l'humeur est une profonde révolution pour la psychiatrie, ouvrant de nouvelles perspectives cliniques et thérapeutiques. Elle nécessite cependant d'être mieux connue et comprise par le grand public. Le DSM distingue les épisodes thymiques (épisode dépressif majeur, épisode maniaque, épisode mixte, épisode hypomaniaque), les troubles dépressifs (trouble dépressif majeur, trouble dysthymique, trouble dépressif non spécifié) et les troubles bipolaires (trouble bipolaire de type 1, trouble bipolaire de type 2, trouble cyclothymique, trouble bipolaire non spécifé).
Le trouble bipolaire de type 1
"Le trouble bipolaire de type 1 est caractérisé par la survenue d'un ou de plusieurs épisodes maniaques ou mixtes, habituellement accompagnés d'épisodes dépressifs majeurs". Le trouble bipolaire de type 1 est ainsi défini par l'alternance d'épisodes maniaques avec un ou plusieurs épisodes dépressifs majeurs. Mais il peut être constitué d'un épisode maniaque isolé, avcec ou sans caractère psychotique. Il peut enfin s'agir d'un épisode mixte ou d'un épisode dépressif majeur, s'il existe dans les antécédents un épisode maniaque.
La prévalence du trouble dipolaire de type 1, vie entière, en population générale, varie de 0,4 à 1,6%.
L'évolution est en général récurrente : "Plus de 90% des sujets présentant un 1er épisode maniaque ont ultérieurement d'autres épisodes. Environ 50 à 60% des épisodes maniaques surviennent immédiatement après ou avant un épisode dépressif majeur". Les études sur l'évolution du trouble bipolaire de type 1 avant l'instauration d'untraitement suggèrent la survenue d'une moyenne de 4 épisodes sur 10 ans. L'intervalle entre 2 épisodes tend à diminuer avec l'âge du sujet.
Traits familiaux : les parents biologiques du 1er degré des patients présentant un trouble bipolaire de type 1 ont une très forte prévalence de troubles bipolaire de type 1 (4 à 24%), de troubles bipolaires de type 2 (1 à 5%) et de troubles dépressifs majeurs (4 à 24%).
Les travaux sur les jumeaux et les études d'adoption fournissent des éléments de preuves solides en faveur d'un facteur génétique dans le trouble de type 1.
Le trouble bipolaire de type 2
"Le trouble bipolaire de type 2 est caractérisé par la survenue d'un ou de plusieurs épisodes dépressifs majeurs accompagnés par au moins un épisode hypomaniaque".
Il est important ici de ne pas confondre les épisodes hypomaniaques avec la période euthymique qui peut accompagner la rémission d'un épisode dépressif majeur. Il ne s'agit pas non plus d'une hypomanie induite par un traitement médicamenteux. Le diagnostique de trouble bipolaire de type 2 est strictement limité à l'association d'épisodes dépressifs majeurs récurrents avec des épisodes hypomaniaques. Il peut enfin exister, ou non, des caractéristiques psychotiques lors des épisodes dépressifs.
Le risque suicidaire est important dans le trouble bipolaire de type 2 (10 à 15%) ainsi que la comorbidité avec les abus de substances, les troubles des conduites alimentaires (anorexie, boulimie), les troubles anxieux (trouble panique, trouble obsessionnel compulsif, anxiété généralisé, phobie sociale) et la personnalité borderline. Une succession d'échecs dans le domaine personnel, social ou professionnel en sera souvent la conséquence.
On note ainsi la grande instabilité sociale des troubles bipolaires de type 2, nombreux domiciles, fréquents déménagements, ruptures, divorce...Le trouble bipolaire de type 2 apparaît plus fréquemment chez la femme que chez l'homme, avec un risque plus important de développer des épisodes pathologiques dans le post-partum.
La prévalence du trouble bipolaire de type 2 en population générale , vie entière, est, selon les études, de 0,5 à 2,5%. Un certain nombre de travaux actuels tendent à une réévalutation dxe cette prévalence autour de 5.
60 à 70% des épisodes hypomaniaques du trouble bipolaire de type 2 surviennent immédiatement avant ou après un épisode dépressif majeur. L'intervalle entre 2 épisodes tend à diminuer avec l'âge.
Des études ont montré la forte prévalence du trouble bipolaire de type 2, du trouble bipolaire de type 1 ou du trouble dépressif majeur ches les parents du 1er degré de patients présentant un trouble bipolaire de type 2.
N'hésitez pas à consulter pour de plus amples informations.










