Il y a quelques jours, je vous parlais de ma vision de la consultation entre un psy et son patient. Je la vois comme une rencontre. Je vous ai exposé mon point de vue sur les points de repères et les enjeux qui la guident.
Je voudrais réfléchir un peu à la consultation par téléphone ou par chat. Peut-on dans ces cas parler de rencontre ?
D’abord, je dois dire qu’il y a quelques années, j’étais plutôt sceptique pensant que pour qu’il y ait rencontre il fallait nécessairement qu’elle réunisse en un même lieu les deux personnes, en face à face.Puisque je suis sur ce site depuis plus d’un an, vous comprenez que ma position a changé. En fait c’était un à priori et je ne m’étais pas sérieusement penchée sur la question. Pourquoi un patient choisirait-t-il de consulter sur la toile plutôt que de se déplacer dans un cabinet ?
Nous sommes depuis quelques décennies déjà dans l’ère de la communication que l’on dit virtuelle. Cela signifie-t-il que lorsque nous échangeons par ce média, nous ne pouvons être dans une réelle communication ? Alors que dire du téléphone ? Des échanges épistolaires ? Là non plus les personnes ne se voient pas. Au téléphone, il y a la voix qui incarne les personnes, l’intonation. Ne dit-on pas que l’on peut entendre quelqu’un sourire au son de sa voix ? C’est important et la plupart d’entre nous avoue souvent être sensible à la voix. Mais les lettres ? Oui il y a l’écriture ! La façon de tracer les lettres, le choix de la couleur de l’encre, du stylo lui-même, le papier,…autant d’éléments très sensoriels parfois sensuels.
Pour les échanges personnels, entre amis, amoureux, entre une mère et sa fille…, ce sont des moyens qui permettaient de garder le lien avant de se retrouver pour de vrai. Mais également entre deux inconnus, je songe par exemple à ces femmes qui écrivaient à des prisonniers ou à ces personnes qui échangeaient par lettre à partir de petites annonces de rencontre…personne ne se risquerait à dire que cela était virtuel même si on ne se voyait pas. Et pourtant beaucoup de choses ont pu se jouer, des amitiés ou des amours naître sans pourtant s’être jamais vus. Aujourd’hui on s’écrit plus facilement par mail. Le clavier d’ordinateur a remplacé la plume mais on est toujours dans l’écriture. Bien-sûr, il n’y a plus l’aspect sensoriel, le toucher du papier, la forme de la calligraphie,…Et pourtant, je suis persuadée que l’on communique toujours et pour de vrai. Combien de couples se sont formés par internet ? Avec les mêmes joies et les mêmes déceptions parfois qu’avec les méthodes traditionnelles. Les échanges par mails aboutissent ensuite à une rencontre en live et les choses suivent leur cours…Les personnes peuvent dissimuler des choses sur leur physique ou leur vie en général, mentir mais en fin de compte ne le faisaient-elles pas déjà autrefois quand on se rencontrait en discothèque ou à l’université ? En ce qui concerne la consultation psy par internet, elle peut être une première étape avant une rencontre en cabinet. Elle peut constituer aussi une réponse à un moment donné sur une problématique précise qui ne nécessitera pas forcément une thérapie au long cours.
Quelles peuvent être les motivations d’un patient ?
Tout d’abord, il ne faut pas négliger l’aspect pratique. Certaines personnes ne peuvent se déplacer pour diverses raisons (manque de mobilité, éloignement en particulier dans les zones rurales). La question du temps est importante également. Parfois, on ne dispose pas de plages horaires dans la journée pour aller consulter. Après une journée de travail, le repas du soir, le coucher des enfants, il est souvent déjà bien tard. Et puis il y a des moments où l’on a besoin d’une réponse rapidement et il peut être nécessaire de pouvoir déposer sa demande dans l’immédiateté de son émergence. Où vais-je pouvoir trouver un professionnel à 23h00 un samedi soir ? Quand pourrais-je avoir un rendez-vous ? Où et avec qui ? Mais aussi à quel prix ? Il est vrai que les consultations en cabinet, selon les spécialistes, sont parfois deux à trois plus chères que ce que l’on peut trouver sur le net. Justement parce qu’elles sont en cabinet et que cela a un coût. Le lieu peut jouer aussi. Si je pars en week-end ou en vacances, comment consulter ?
Autant de questions qui peuvent s’avérer anxiogènes et retarder une consultation que pourtant la personne souhaite.
Bien sûr, il y a la question de la démarche qui peut parfois être difficile, d’abord trouver le psy, obtenir un rendez-vous et franchir le pas, oser dire à quelqu’un ce qui ne va pas. Ne pas craindre le regard qui juge. Est-ce à dire que le patient peut aussi se cacher derrière son écran ? Peut-être. Au début tout du moins. Comme je l’écrivais dans un précédent article, le patient, même en face à face, a des résistances et met en place des défenses parce que certaines choses sont encore trop pénibles pour lui. C’est tout à fait normal et il convient de respecter cela. De laisser au patient le temps qui lui est nécessaire pour lâcher-prise. Est-ce plus rapide lorsqu’il ne voit pas le psy ? Franchement, je ne prétends pas avoir de réponse en général et encore moins sur ce point. Freud d’ailleurs préconisait que lors de la cure le patient soit en position couchée, d’une part pour faciliter le lâcher-prise et d’autre part pour que le regard du psy ne soit pas trop appuyé, perçu comme moins inquisiteur pour le sujet. Je reviendrai, plus sérieusement, lors d’un prochain billet sur la cure psychanalytique telle qu’il l’avait définie.
Pour finir, je crois qu’une vraie rencontre entre un psy et son patient peut avoir lieu sur le net quel qu’en soit son destin. Par l’écriture, les mots employés, les tournures, le patient peut dire beaucoup de choses sur lui-même. Et le psy, de son côté, va aussi employer des mots pour encourager la personne, la rassurer. A partir du moment où il y a une demande d’un côté et la proposition d’une aide de l’autre, avec un regard objectif et sans jugement, c’est un medium qui peut permettre que se noue une véritable rencontre, comme un test peut l’être parfois au-delà de ce qu’il peut apporter.
Il y a encore à travailler de notre côté à nous les psys. Pour que cette rencontre soit dédramatisée et puisse, quel que soit le moyen que le patient choisira d’utiliser à un moment donné, advenir.










